Boris Roueff et Yannick Hoffert, deux architectes, s'associent au sein d'un "atelier-magasin" d'architectures dénommé Kaa. Ils ont choisi les pentes de la Croix-Rousse pour s'installer, face à l'église Saint-Polycarpe au 20 rue Leynaud.
Outre l'atelier d'architecture ouvert de plein pied sur la rue, une documentation complète est à la disposition des visiteurs, tandis qu'un espace d'exposition présente les "objets du quotidien" de jeunes créateurs.
A tout juste 27 ans vous montez votre propre agence. Comment pensez-vous faire votre place dans un milieu que l'on dit en crise?
- BR: La crise de notre profession s'explique par des facteurs économiques, mais surtout par une pratique de l'architecture inchangée depuis l'après-guerre. Aujourd'hui nous sommes dans l'obligation de réinventer notre métier car la société et ses demandes ont évolué, tandis que la culture architecturale se diffuse dans le grand public.
-YH: Nous proposons alors un nouveau service: l'architecture à la carte, c'est à dire un ensemble de prestations qui s'ajustent au projet de tout un chacun.
Vous vous adressez donc au particulier...
- BR: Au particulier, effectivement, qui a été délaissé par les architectes car les agences traditionnelles ne sont pas adaptées à cette clientèle. Mais plus généralement nous nous intéressons aux projets de petite échelle, pour y introduire une qualité architecturale trop souvent absente.
Vous serez donc en concurrence avec les constructeurs et autres entreprises similaires?
-BR: Nous n'avons pas de produit à vendre à nos clients; nous construisons le projet avec eux. Nous mettons alors en oeuvre notre créativité en toute indépendance.
-YH: Quand un client vient nous voir, nous ne savons pas quel sera le projet qui sortira de notre atelier 15 jours plus tard. Nous réinventons à chaque fois, puisque c'est la relation qui crée le projet.
Mais êtes vous sûr que le public est prêt à suivre une telle démarche?
-YH: Nos modes de vie, et nos envies, exigent de plus en plus des espaces particuliers; or ce que nous propose le marché immobilier est toujours aussi standard : vous choisissez éventuellement un quartier ou une exposition, mais le principe d'organisation et les volumes vous sont imposés.
-BR: Si les gens se tournent vers l'ancien à réhabiliter, ce n'est pas pour le coût, souvent plus élevé que le neuf au final. En effet, ils s'approprient d'autant plus un espace que leur imagination travaille pour créer leur "chez-soi". Nous leur proposons alors simplement de les accompagner sur ce chemin là, pour l'ancien, comme pour le neuf.
Votre parcours original, entre projet expérimental et l'étranger, vous aurait-il donné les pistes de ce nouveau concept?
-YH: La transformation d'une maison de village nous a permis de mener une expérience unique, que ce soit au niveau des espaces, des matériaux et de la forme de travail, puisque nous avons réalisé nous-mêmes les travaux en collaboration avec des ingénieurs et des plasticiens.
-BR: L'étranger, autre forme d'expérience, m'a permis de porter un autre regard sur l'architecture en France. Au Mexique, que ce soit à l'université ou, plus tard avec la Mairie de Mexico, les projets que j'ai menés étaient tous ancrés dans une réalité concrète. Si la sensibilité et la poésie riment avec simplicité et efficacité au Mexique, pourquoi, en France serait-ce si difficile?
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